
* Lu en : Anglais & Français.
Détails du livre
- Date de parution : 5 juin 2014
- Genre : Fiction, Science-fiction, Nouvelle, Dystopie, Classique, Fantasy
- Tropes : Intelligence artificielle, société souterraine, isolement, dépendance à la technologie, monde post-apocalyptique
- Niveau de sensualité : Aucun
- Titre VO : The Machine Stops
- Nombre de pages : 112
- Thèmes principaux : Technologie, humanité, contrôle social, solitude, progrès, dystopie
- Format lu : Broché (9 x 0,9 x 14,5 cm)
- Éditeur : Le Pas de Côté
Pour terminer le mois de juin, j’ai eu envie de sortir complètement de ma zone de confort. Après plusieurs romances, un recueil de contes et une pièce de théâtre, je me suis tournée vers une œuvre que je n’aurais probablement pas choisie spontanément : La Machine s’arrête (The Machine Stops) d’E. M. Forster.
De quoi parle cette nouvelle ?
Publiée en 1909, cette nouvelle de science-fiction dystopique imagine une humanité vivant sous terre, dans des cellules individuelles où chaque besoin est pris en charge par une immense Machine. Nourriture, communication, divertissement, savoir : tout passe par elle. Les rencontres physiques sont devenues exceptionnelles et les relations humaines se limitent presque entièrement à des échanges à distance.
L’histoire suit Vashti, qui accepte pleinement ce mode de vie, et son fils Kuno, persuadé que l’humanité est devenue prisonnière de la Machine. Lorsqu’il découvre que le monde extérieur est encore habitable, il tente d’ouvrir les yeux de sa mère sur les dangers d’une société entièrement dépendante de la technologie.
Mais la Machine commence peu à peu à montrer des signes de faiblesse…
Les grands thèmes
Cette courte nouvelle aborde de nombreux thèmes qui résonnent encore aujourd’hui :
- la dépendance à la technologie ;
- l’isolement social ;
- la perte des liens humains ;
- le conformisme ;
- la place de la nature face à un monde artificiel ;
- la fragilité des systèmes dont nous dépendons entièrement.
Mon avis
Ce qui m’a le plus frappée durant cette lecture, c’est son incroyable modernité.
En refermant cette nouvelle, j’avais presque oublié qu’elle avait été écrite en 1909. Comment E. M. Forster a-t-il pu imaginer avec autant de justesse une société où les individus communiquent uniquement à travers des écrans, travaillent à distance, assistent à des conférences sans quitter leur domicile et finissent par considérer les rencontres physiques comme inutiles ?
Impossible de ne pas penser à notre propre époque.
Aujourd’hui, la technologie fait partie intégrante de notre quotidien et nous apporte énormément. Je ne remets absolument pas cela en question. Elle facilite nos vies, nous permet de communiquer avec des personnes à l’autre bout du monde, d’accéder à une quantité infinie de connaissances et d’accomplir en quelques secondes des tâches qui demandaient autrefois beaucoup de temps.
Mais cette nouvelle m’a aussi rappelé à quel point cette dépendance peut devenir inquiétante.
Je repensais notamment à toutes ces petites compétences que nous utilisions naturellement autrefois et que nous déléguons désormais presque systématiquement à nos appareils. Je me souviens encore d’avoir appris par cœur les tables de multiplication à l’école ou d’avoir vu mes parents utiliser des cartes routières pour voyager. Aujourd’hui, la calculatrice, le GPS ou encore les outils d’intelligence artificielle accomplissent ces tâches à notre place.
À force de rechercher toujours plus de simplicité et d’efficacité, j’ai parfois l’impression que nous finissons non seulement par douter de nos propres capacités, mais aussi par les laisser s’atrophier.
L’intelligence artificielle ne fait qu’accentuer ce phénomène. Aussi utiles soient-ils, ces outils sont si performants qu’ils nous incitent parfois à leur laisser réfléchir à notre place.
La nouvelle pousse cette idée à son paroxysme avec Vashti, dont la dépendance à la Machine devient presque totale. J’ai d’ailleurs trouvé son opposition avec Kuno particulièrement intéressante. Là où l’une accepte aveuglément le confort offert par la technologie, l’autre rappelle que l’être humain a besoin de contacts réels, d’expériences vécues et d’un lien avec le monde qui l’entoure.
Ce contraste m’a beaucoup fait réfléchir.
Un autre aspect m’interpelle particulièrement : celui de notre vie privée. Nous utilisons quotidiennement des services numériques qui collectent une quantité considérable de données personnelles. Assistants vocaux, moteurs de recherche, réseaux sociaux… nous acceptons souvent cette intrusion parce qu’elle rend notre quotidien plus pratique.
En lisant La Machine s’arrête, je me suis demandé jusqu’où nous étions prêts à aller en échange de ce confort.
C’est sans doute ce qui rend cette nouvelle si fascinante.
Bien avant Internet, les smartphones ou l’intelligence artificielle, E. M. Forster imaginait déjà une société hyperconnectée, dépendante de la technologie, du télétravail, de l’enseignement à distance et des communications virtuelles. Plus d’un siècle plus tard, nombre de ses intuitions résonnent avec une étonnante justesse.
Je lis très rarement de la science-fiction et, même si le style d’écriture ne m’a pas particulièrement séduite – je l’ai parfois trouvé un peu difficile à suivre -, j’ai trouvé les idées développées absolument fascinantes.
C’est une lecture qui continue de faire réfléchir bien après avoir tourné la dernière page.
Je la recommande à toutes les personnes qui s’intéressent aux questions liées à la technologie, à l’intelligence artificielle et à l’évolution de nos sociétés. C’est une œuvre courte, visionnaire et étonnamment actuelle.
Et vous, pensez-vous que la technologie nous rapproche… ou qu’elle nous éloigne peu à peu les uns des autres ?
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