L’os de Mor Lam – Birago Diop

*Lu en français

L'os de Mor Lam - Birago Diop

L’Os de Mor Lam, c’est, enfin, publiée, la comédie connue de Birago DIOP où le Vieux Sage des Lettres sénégalaises entreprend de faire rire, dans la lignée des Contes d’Amadou Koumba, d’un affamé qui a oublé la solidarité.


Après ma lecture des Contes d’Amadou Koumba, j’avais envie de rester encore un peu dans la littérature africaine. C’est ainsi que je me suis tournée vers L’Os de Mor Lam de Birago Diop, une courte pièce de théâtre d’un peu plus de soixante dix pages que je connaissais déjà pour l’avoir étudiée au lycée.

Je garde d’ailleurs un souvenir assez amusant de cette époque : dans mon lycée, traiter quelqu’un de « Mor Lam » était devenu une véritable insulte tant le personnage était associé à l’avarice. En la relisant aujourd’hui, je me suis rendu compte que ma perception avait non pas changé mais énormément évolué.

De quoi parle cette pièce ?

L’histoire est simple.

Dans un village où la viande est une denrée rare, un bœuf est partagé entre les habitants. Mor Lam reçoit un simple os, qu’il demande à sa femme Awa de cuisiner. Attiré par l’odeur, son ami Moussa s’invite chez lui, persuadé que les règles de l’hospitalité lui permettront de partager le repas.

Refusant catégoriquement de céder son os, Mor Lam imagine un stratagème absurde : il demande à sa femme d’annoncer sa mort afin que Moussa quitte enfin la maison. Mais celui-ci décide de rester pour les funérailles… si bien que Mor Lam, qui continue à jouer le mort, finit enterré vivant.

Pendant ce temps, Moussa épouse sa veuve… et mange l’os.

Mon avis

Je me souviens qu’au lycée, cette pièce était toujours présentée de la même manière : Mor Lam représentait l’avare par excellence, puni pour son égoïsme.

En la relisant aujourd’hui, je trouve cette interprétation un peu trop réductrice.

Bien sûr, Mor Lam est d’une avarice sans limite. Il préfère être enterré vivant plutôt que de partager un simple os. Son comportement est si excessif qu’il en devient presque grotesque.

Cela dit, sans chercher à l’excuser – car son égoïsme reste profondément choquant – je peux comprendre son envie de garder ce maigre privilège pour lui. Dans un contexte de pénurie, où la viande est un luxe et chaque repas compte, son geste est très humain.

En revanche, c’est le personnage de Moussa qui a le plus suscité mes interrogations.

Pendant toute ma scolarité, je l’avais toujours considéré comme un personnage plus ou moins normal dans l’histoire. Pourtant, en relisant la pièce, je le trouve loin d’être irréprochable.

Il s’invite sans y être convié.

Il comprend que sa présence dérange, mais choisit malgré tout de rester.

Il profite des règles de l’hospitalité pour imposer sa présence, alors même que Mor Lam essaie, maladroitement certes, de lui faire comprendre qu’il souhaite qu’il s’en aille.

C’est probablement ce qui m’a le plus dérangée.

Je crois profondément au partage. En tant que chrétienne, cette valeur est importante pour moi. Mais le partage ne devrait jamais être contraint. Il n’a de sens que lorsqu’il est librement offert.

Or, Moussa agit comme si le refus de son ami n’avait aucune importance. Sa gourmandise prend le dessus, au point qu’il refuse de voir qu’il n’est tout simplement pas le bienvenu.

Au fond, je trouve que la pièce est bien plus nuancée qu’on ne me l’avait enseignée.

Elle ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme avare. Elle met en scène deux excès qui se répondent : d’un côté, l’avarice presque caricaturale de Mor Lam ; de l’autre, l’insistance et l’opportunisme de Moussa.

L’un refuse obstinément de partager. L’autre refuse tout aussi obstinément d’accepter un refus.

Et c’est précisément cette tension qui rend le texte si intéressant.

Cette relecture m’a rappelé combien notre regard évolue avec le temps. Au lycée, je suivais naturellement l’interprétation proposée en classe. Aujourd’hui, avec quelques années de plus, je vois un récit beaucoup plus ambigu, où aucun personnage n’est totalement innocent.

Comme quoi, un texte de soixante-dix pages peut parfois susciter davantage de réflexion qu’un roman de cinq cents.

J’ai beaucoup apprécié cette relecture, peut-être même davantage que lors de ma première découverte. C’est une œuvre courte, mais riche, qui invite à remettre en question les interprétations toutes faites.

Et vous, voyez-vous Mor Lam comme le seul personnage problématique de cette histoire ? Ou pensez-vous, vous aussi, que Moussa porte une part de responsabilité ?


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