Dans mon article précédent consacré à mon avis sur l’adaptation d’Orgueil et Préjugés par la BBC, j’ai beaucoup évoqué sa fidélité globale au roman, une qualité que j’ai particulièrement appréciée.
Mais la fidélité est un concept complexe : elle peut être émotionnelle, esthétique ou narrative. Dans cet article, j’ai envie de m’intéresser à la fidélité « concrète » : les scènes ajoutées, les dialogues modifiés, les choix de mise en scène et les libertés prises par la série.
Voici donc les principales différences que j’ai relevées entre le roman de Jane Austen et son adaptation par la BBC.
Une place plus importante accordée à Darcy
Dans le roman, l’histoire est principalement racontée du point de vue d’Elizabeth. Darcy reste longtemps mystérieux et nous le découvrons essentiellement à travers son regard à elle.
La série fait un choix différent, que j’ai énormément apprécié : elle nous permet de découvrir Darcy en dehors du regard d’Elizabeth.
On le voit dans son quotidien, à cheval, seul avec ses pensées ou simplement en train d’observer les autres. La série le montre même avant sa première rencontre avec Elizabeth, lorsqu’il arrive avec Bingley.
Ce choix enrichit considérablement le personnage et permet au spectateur de s’attacher à lui bien avant qu’Elizabeth ne remette ses propres préjugés en question.
Des scènes développées pour enrichir l’univers
Certains passages très courts du roman deviennent de véritables scènes de vie dans la série.
Le premier bal, par exemple, ne représente que quelques pages chez Austen, tandis que la BBC en fait une longue séquence pleine d’interactions et de détails. Cela permet au spectateur de s’immerger dans la société de l’époque et de découvrir de nombreux personnages dans un même espace.
La série développe également le quotidien de la famille Bennet : les disputes entre Kitty et Lydia, les remarques de Mary ou encore les réactions toujours savoureuses de Mr Bennet.
Ces scènes n’existent pas telles quelles dans le roman, mais elles restent parfaitement fidèles à l’esprit des personnages. On sent que les scénaristes ont compris leur personnalité et ont su développer ce que Jane Austen nous laisse simplement entrevoir.
Une dimension visuelle plus développée
L’un des grands avantages du format télévisuel réside évidemment dans sa richesse visuelle.
Les paysages anglais, les bals, les costumes et les demeures donnent une véritable présence physique à l’univers de Jane Austen.
Pemberley devient presque un personnage à part entière.
Les décors permettent également de mieux comprendre les différences de statut social entre les personnages et renforcent l’immersion du spectateur. Je trouve que le travail réalisé à ce niveau est remarquable.
Une romance davantage mise en avant
C’est probablement l’une des différences que j’ai le plus appréciées.
Le roman est avant tout une satire sociale brillante, remplie d’ironie et d’observations sur la société anglaise. La série conserve cet aspect, mais elle accentue davantage la tension romantique entre Elizabeth et Darcy.
Les regards, les silences, les émotions et les moments plus intimes occupent une place plus importante, sans jamais trahir l’esprit du livre.
Et je dois avouer que c’est un choix créatif que j’adore.
Les critiques sociales de Jane Austen sont passionnantes, mais la romance reste le cœur émotionnel du récit. C’est elle qui nous attache aux personnages et nous donne envie de suivre leur histoire.
C’est d’ailleurs ce que j’avais également beaucoup apprécié dans l’adaptation de North and South. Là aussi, la romance est davantage mise en avant que dans le roman, ce qui renforce l’implication émotionnelle du spectateur.
Une adaptation très fidèle malgré quelques ajustements
Bien sûr, certains détails ont été modifiés ou ajoutés pour les besoins du format télévisuel.
Certaines scènes de transition ont été inventées, quelques événements légèrement réorganisés, et les dialogues sont parfois plus développés afin d’extérioriser les pensées d’Elizabeth, qui sont directement accessibles au lecteur dans le roman grâce à la narration.
Ces changements étaient nécessaires. Une adaptation ne peut pas simplement reproduire le texte : elle doit trouver des équivalents visuels et dramatiques.
Ce que j’aime profondément dans la série de 1995, c’est justement la manière dont elle donne vie à tout ce que le roman laisse dans l’ombre. Chez Austen, nous sommes principalement dans les pensées d’Elizabeth, tandis que Darcy reste longtemps un mystère. La série ouvre le récit : elle lui permet d’exister en dehors du regard d’Elizabeth, développe les scènes familiales et donne davantage de place aux interactions sociales.
C’est précisément ce que j’apprécie dans ces libertés : elles enrichissent l’univers du roman sans en trahir l’esprit.
Au final, la série ne cherche pas à remplacer le roman, mais à donner vie à ce qu’il ne peut pas montrer. Et près de trente ans après sa diffusion, je trouve toujours remarquable qu’une adaptation ait su prendre autant de libertés tout en restant aussi profondément fidèle à Jane Austen.
À très bientôt pour un nouvel article consacré aux adaptations.
Dans le prochain, je reviendrai sur le film de 2005, qui propose une vision beaucoup plus moderne et cinématographique du chef-d’œuvre de Jane Austen.
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