Le Tour d’écrou – Henry James: mon avis

*Lu en français

Le tour d'écrou - Henry James

Le huis clos d’une vieille demeure dans la campagne anglaise. Les lumières et les ombres d’un été basculant vers l’automne. Dans le parc, quatre silhouettes – l’intendante de la maison, deux enfants nimbés de toute la grâce de l’innocence, l’institutrice à qui les a confiés un tuteur désinvolte et lointain. Quatre… ou six ? Que sont Quint et Miss Jessel ? Les fantômes de serviteurs dépravés qui veulent attirer dans leurs rets les chérubins envoûtés ? Ou les fantasmes d’une jeune fille aux rêveries nourries de romanesque…


Avec un titre aussi intrigant que Le Tour d’écrou, je pensais sincèrement tenir mon prochain coup de cœur entre les mains. Malheureusement, ça n’a pas été le cas.

En faisant quelques recherches avant ma lecture, j’ai découvert que ce roman avait inspiré la série The Haunting of Bly Manor de Netflix. Et, rétrospectivement, cela aurait peut-être dû me mettre la puce à l’oreille, car je n’avais déjà pas particulièrement apprécié la série.

Comme elle, ce roman n’a jamais vraiment réussi à me captiver.

Pourtant, il n’est pas très long. Mais j’ai eu l’impression de mettre une éternité à le terminer.

J’ai commencé ma lecture en anglais, comme je le fais souvent lorsque c’est possible. Mais après cinq chapitres, je me suis rendu compte que je n’arrivais ni à entrer dans l’histoire ni à comprendre réellement où l’auteur voulait m’emmener.

J’ai donc abandonné cette version pour passer à un livre audio en français, en espérant que cela faciliterait la lecture.

Malheureusement, l’expérience n’a pas été beaucoup plus concluante. J’ai déjà énormément de mal à me concentrer sur les livres audio, mais en plus l’histoire ne me captivait pas suffisamment pour retenir mon attention. À plusieurs reprises, j’ai ressenti exactement la même frustration que devant The Haunting of Bly Manor.

De quoi parle le roman ?

L’histoire suit une jeune gouvernante engagée pour s’occuper de deux enfants, Miles et Flora, dans une grande demeure isolée à la campagne anglaise.

Au fil du temps, elle croit apercevoir les fantômes de deux anciens domestiques de la propriété : Peter Quint et Miss Jessel.

Convaincue que ces esprits cherchent à influencer ou à corrompre les enfants, elle tente de les protéger coûte que coûte.

Mais plus le récit avance, plus son comportement devient lui-même inquiétant.

Et c’est là que réside tout l’intérêt du roman : on ne sait jamais réellement ce qui se passe.

Les fantômes existent-ils vraiment ?

Ou sont-ils simplement le fruit de l’imagination – voire de la folie – de la gouvernante ?

Henry James ne donne jamais de réponse claire.

Même la fin reste profondément ambiguë. On comprend que la gouvernante tient Miles dans ses bras, mais ce qui s’est réellement produit demeure sujet à interprétation.

Et c’est précisément cette incertitude qui fait toute la réputation du roman.

Une œuvre construite sur l’ambiguïté

Tout au long du récit, Henry James joue avec les non-dits et les zones d’ombre.

Le roman aborde plusieurs thèmes intéressants : l’innocence et la corruption de l’enfance, l’isolement, la peur, le pouvoir de l’imagination, mais aussi les questions d’autorité et de contrôle.

Cependant, ce qui domine avant tout, c’est cette ambiguïté permanente.

Personnellement, je n’ai jamais réussi à déterminer si les apparitions étaient réelles ou non.

Et je pense que c’est exactement ce que cherche l’auteur.

Cette impossibilité de trancher explique d’ailleurs pourquoi Le Tour d’écrou est encore autant étudié aujourd’hui, notamment en littérature fantastique et en psychanalyse.

Une lecture qui m’a rappelé Shirley Jackson

Pendant toute ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à The Haunting of Hill House de Shirley Jackson.

J’avais déjà ressenti la même frustration avec ce roman.

Jusqu’à la dernière page, on ne sait jamais si les phénomènes surnaturels sont réels ou s’ils se déroulent uniquement dans l’esprit du personnage principal.

Même sensation d’incertitude.

Même atmosphère psychologique.

Même fin qui laisse davantage de questions que de réponses.

Je comprends parfaitement pourquoi certains lecteurs adorent ce type de récit. Personnellement, je crois que c’est justement là que je décroche un peu.

Un style que j’ai trouvé difficile d’accès

Je reconnais volontiers le talent de Henry James.

Écrire un texte qui continue à susciter autant de débats plus d’un siècle après sa publication demande une véritable maîtrise.

Mais malgré cela, j’ai trouvé le style assez lourd. Que ce soit en anglais ou en français, j’ai eu du mal à avancer. Les phrases sont travaillées, parfois très longues, et la narration enchâssée – puisqu’il s’agit du récit d’une gouvernante rapporté par une autre personne – n’a pas facilité mon immersion.

L’atmosphère est indéniablement réussie : elle est pesante, inquiétante, construite presque uniquement sur la suggestion. Mais cette lenteur a aussi contribué à mon détachement.

Pour un roman qui compte moins de 220 pages, j’ai vraiment eu l’impression de lire quelque chose de beaucoup plus long.

Mon ressenti

Je suis un peu déçue, je dois l’avouer.

Avec un titre aussi célèbre et une réputation aussi solide, je m’attendais à une lecture marquante. Finalement, je n’ai jamais réussi à me sentir véritablement investie dans l’histoire.

Cette lecture me fait aussi réfléchir à mon rapport à l’horreur psychologique classique. J’avais déjà eu des réserves avec The Haunting of Hill House : j’admire la qualité de l’écriture, les thèmes abordés et la richesse des interprétations possibles, mais émotionnellement, je reste souvent à distance.

J’ai parfois l’impression de passer à côté de quelque chose que beaucoup de lecteurs voient et apprécient.

Cela dit, je reste contente d’avoir découvert ce roman, ne serait-ce que pour comprendre l’œuvre qui a inspiré The Haunting of Bly Manor.


Une lecture que je recommande malgré tout

Même si ce n’est pas un coup de cœur pour moi, je pense que Le Tour d’écrou pourra séduire de nombreux lecteurs.

Si vous aimez les récits ambigus, les histoires qui laissent une grande place à l’interprétation, les narrateurs peu fiables et les romans où le doute persiste jusqu’à la dernière page, vous pourriez y trouver une lecture passionnante.

Pour ma part, je n’ai jamais réussi à savoir si les fantômes étaient réels ou non. Et même après avoir refermé le livre, je continue à me poser la question.

Peut-être est-ce précisément là que réside toute la force de ce roman.


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