Faut-il finir tous les livres que l’on commence ?

J’ai horreur d’abandonner un livre. Pendant longtemps, je considérais cela comme un échec. Pourtant, au fil des années, plusieurs romans ont fini par rejoindre ma liste de livres abandonnés. Cela m’a amenée à me poser une question : faut-il vraiment terminer tous les livres que l’on commence ?

Si je devais répondre en une phrase, je dirais non. Pourtant, dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué que ça.

Le sentiment de culpabilité du lecteur

Personnellement, j’ai énormément de mal à abandonner un livre. Il faut vraiment que je bloque complètement dans ma lecture ou que je n’arrive plus du tout à avancer. Et parfois, l’abandon se fait presque malgré moi : je mets le livre de côté en me disant que je vais le reprendre plus tard, je commence une autre lecture, puis quelques semaines ou quelques mois passent avant que je réalise que je ne l’ai jamais terminé.

Pendant longtemps, j’ai persisté dans des lectures qui ne me plaisaient pas. Il m’est même arrivé de continuer des romans que je trouvais « médiocres » juste pour connaître la fin. Parfois, je survolais les dernières pages afin de savoir comment cette histoire ridicule ou ennuyeuse allait se terminer.

Je pense que beaucoup de lecteurs connaissent ce sentiment. Lorsqu’on a acheté un livre, on se sent souvent obligé de le finir. On ne veut pas avoir l’impression d’avoir gaspillé son argent. Il y a aussi les romans qui bénéficient d’excellentes critiques : on se dit qu’en persistant, on finira peut-être par comprendre ce que les autres y ont vu.

C’est encore plus vrai avec les classiques. Combien de fois me suis-je dit :

Tout le monde adore ce livre. Si je ne l’aime pas, c’est peut-être moi qui passe à côté de quelque chose.

Alors on se force, parce qu’on culpabilise. Et à ce moment, la lecture devient une obligation plutôt qu’un plaisir, ce qui ne devrait jamais être le cas.

Même aujourd’hui, j’ai encore du mal à abandonner un livre. J’y travaille, mais je ne suis pas encore arrivée au stade où je peux refermer un roman à mi-chemin, sans culpabiliser, simplement parce qu’il ne me plaît pas.

Pourquoi il peut être intéressant de persévérer

Même si, au fond, je pense que l’on n’est pas obligé de terminer tous les livres que l’on commence, je crois aussi qu’il est parfois utile de s’accrocher (un tout petit peu au moins).

Certains romans prennent du temps avant de révéler tout leur potentiel. L’intrigue met parfois plusieurs dizaines de pages à se mettre en place. C’est particulièrement le cas pour certains classiques, dont le rythme et le style sont très différents de ceux des romans contemporains.

Le langage est souvent plus dense, les descriptions plus longues et les digressions plus nombreuses. Cela peut décourager de nombreux lecteurs. Pourtant, abandonner trop vite peut aussi vouloir dire passer à côté d’une œuvre marquante.

L’exemple le plus évident pour moi est Les Misérables de Victor Hugo, que je suis en train de lire en ce moment.

J’ai commencé ce roman il y a plusieurs mois et j’en suis aujourd’hui à peu près à la moitié. Je vais être honnête : parfois, Victor Hugo me perd complètement. Quand j’ai décidé de lire Les Misérables, c’était pour suivre l’histoire de Jean Valjean, Cosette et Javert. Et soudain, je me retrouve plongée dans des dizaines de pages sur Waterloo, les couvents ou encore les égouts de Paris.

Sur le moment, je me demande souvent en quoi ces passages font avancer l’intrigue. Puis, avec un peu de recul, je comprends qu’ils participent aussi à la richesse de l’œuvre. Victor Hugo ne raconte pas seulement une histoire : il dresse le portrait d’une époque, de sa société et de ses injustices.

Malgré ces longueurs, je continue. Parce que les thèmes abordés me passionnent, parce que les personnages me touchent et parce que cette histoire m’accompagne depuis mon enfance, à travers la série télévisée d’animation Les Misérables de 1992 (Oh j’adorais tellement le générique, même comme les paroles étaient si mélancoliques) puis la comédie musicale dont je suis absolument fan.

Pour moi, Les Misérables est la preuve qu’une lecture exigeante peut aussi être profondément enrichissante.

Pourquoi j’accepte aujourd’hui d’abandonner certains livres

Malgré tout, je crois aujourd’hui qu’abandonner un livre n’est pas un échec.

Pendant longtemps, je me suis forcée à terminer des romans qui ne me procuraient aucun plaisir. Certains étaient simplement médiocres, d’autres remplis de fautes ou de coquilles, et d’autres encore me donnaient l’impression de lire toujours les mêmes schémas narratifs. Pourtant, je continuais. Plus j’avançais, plus je ressentais de la frustration… mais j’étais incapable de refermer le livre.

Expliquez-moi ce phénomène… c’est incroyable ! 😂

Ces derniers mois, après plusieurs lectures frustrantes, je suis finalement arrivée à une conclusion : la lecture est un loisir. Un plaisir. Et elle doit le rester.

Nous lisons pour apprendre, réfléchir ou nous évader, pas pour nous punir. Quand je me force à continuer un livre qui ne me procure rien, la lecture cesse d’être un moment agréable. Elle devient une tâche. Une obligation. Presque un devoir scolaire.

Et puis, notre temps de lecture est précieux. Avec toutes les sorties littéraires et tous les livres qui attendent déjà dans nos bibliothèques, chaque heure passée sur une lecture qui ne nous convainc pas est une heure que nous ne consacrons pas à une autre.

J’ai par exemple abandonné Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, The German Mother de Debbie Rix, The Duchess Effect de Tracy Livesay, Idol de Kristen Callihan ou encore The Mind de Kate Stewart.

Cela ne signifie pas que ces livres sont mauvais. Simplement, la rencontre n’a pas eu lieu. Dans certains cas, je n’arrivais pas à entrer dans l’histoire. Dans d’autres, je ne m’attachais pas aux personnages. Et parfois, j’avais simplement l’impression de retrouver encore et encore les mêmes schémas narratifs.

Une chose que j’ai apprise avec le temps, c’est qu’on peut reconnaître les qualités d’un livre sans pour autant l’apprécier. Un roman peut être un chef-d’œuvre pour une personne et laisser une autre totalement indifférente. Cela ne signifie pas que l’un a raison et l’autre tort. Ne pas aimer un livre ne revient pas forcément à critiquer son auteur ou son autrice ; cela signifie parfois simplement que ce livre n’était pas fait pour nous.

Il y a aussi des livres qui arrivent dans notre vie au mauvais moment. Notre état d’esprit, notre humeur ou simplement nos envies influencent énormément nos lectures.

Americanah est probablement le meilleur exemple dans mon cas. J’apprécie beaucoup Chimamanda Ngozi Adichie, notamment après avoir lu une autre de ses œuvres et regardé plusieurs de ses conférences. Pourtant, malgré plusieurs tentatives, je n’arrivais pas à entrer dans cette histoire. J’ai donc préféré arrêter.

Peut-être que j’y reviendrai un jour. Parce qu’un abandon n’est pas toujours définitif. Parfois, cela signifie simplement : « Pas maintenant. »

Les exceptions

Il existe cependant des livres que l’on continue malgré les difficultés.

Par attachement.

Par curiosité.

Ou parce que cette œuvre représente quelque chose de particulier pour nous.

C’est exactement mon cas avec Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux.

J’ai commencé ce roman il y a très longtemps. J’ai lu les sept premiers chapitres et, depuis, il est en hiatus. Pourtant, je tiens à le terminer. Et je sais que je le terminerai, peu importe le temps que cela me prendra.

Pourquoi ?

Parce que je suis fascinée par cet univers. Parce que j’adore la comédie musicale. Parce que j’ai envie de découvrir l’œuvre qui a inspiré ce chef-d’œuvre.

Ma lecture est laborieuse, mais mon attachement à cette histoire est plus fort que les difficultés que je rencontre.

Et c’est souvent comme ça avec certains livres : on s’accroche parce qu’il existe un lien affectif qui dépasse la simple lecture.

Conclusion

Aujourd’hui, je considère qu’abandonner un livre n’est pas un échec.

Certaines lectures nous captivent immédiatement. D’autres demandent davantage d’efforts. Et parfois, malgré toutes nos tentatives, la rencontre n’a tout simplement pas lieu.

Même si je préfère terminer les livres que je commence, j’apprends peu à peu à écouter mes envies de lectrice plutôt qu’à me forcer à finir coûte que coûte. Parce qu’au fond, continuer un livre qui ne me plaît pas me fait souvent perdre plus de temps que si je l’avais simplement refermé.

Et vous ?

Avez-vous du mal à abandonner un livre ? Ou faites-vous partie de ces lecteurs qui n’hésitent pas à refermer un roman dès les premières pages lorsqu’il ne leur plaît pas ?

Dites-moi tout en commentaire !


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