Le Journal d’un fou – Nikolaï Gogol

*Lu en français et anglais

couverture de Le journal d'un fou de Gogol chronique littéraire

Le journal d’un fou est un conte absurde dans lequel les personnages étranges laissent peu à peu place à leurs caractères réels, le rire cédant le pas à l’angoisse tout au long de ce journal. Poprichtchine est préposé au taillage des plumes dans un ministère de Saint-Petersbourg. Celui-ci sombre peu à peu dans une douce folie s’imaginant être en Espagne.


Il y a quelques jours, j’ai terminé une deuxième nouvelle de Nikolai Gogol, que j’ai lue dans la foulée de Le Nez. Comme cette première découverte m’avait intriguée, j’ai eu envie de continuer. C’est comme ça que je suis tombée sur cette nouvelle, que je ne connaissais pas du tout.

Une histoire qui commence presque “normalement”…

Le récit prend la forme du journal intime d’Aksenti Ivanovitch Poprichtchine, un petit fonctionnaire sans importance à Saint-Pétersbourg. Dès le début, on découvre un homme frustré, obsédé par la hiérarchie sociale, et profondément marqué par son statut. Il nourrit aussi une fascination étrange pour la fille de son directeur.

Au départ, tout semble encore cohérent… mais on sent déjà un léger malaise.

Une descente dans la folie qui se fait doucement

Très vite, quelque chose se fissure. Au fil des pages, son esprit bascule progressivement : il croit que des chiens échangent des lettres, interprète tout comme une preuve de sa grandeur, et sombre dans un délire de plus en plus marqué.

Ce que j’ai trouvé particulièrement réussi, c’est que cette folie n’arrive pas d’un coup. Elle s’installe doucement. Et en tant que lectrice, je me suis moi-même sentie un peu perdue à certains moments – avant de comprendre que cette confusion faisait partie de l’expérience.

Même le langage se désagrège : les dates deviennent absurdes, incohérentes… et ça accentue encore cette impression de perte de repères.

Une critique sociale toujours aussi présente

Comme dans Le Nez, on sent une vraie critique de la société. Poprichtchine est complètement écrasé par la hiérarchie : pour lui, la valeur d’un individu dépend uniquement de son rang.

Son délire devient alors presque une échappatoire. Puisqu’il n’est “rien”, il se construit une identité où il devient roi.

Une identité qui se fragmente

C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus marquée. Ici, l’identité ne disparaît pas brutalement comme dans Le Nez : elle se délite de l’intérieur, petit à petit.

C’est plus intime, plus progressif… et aussi plus tragique.

Entre moments absurdes et vraie tristesse

Il y a un mélange assez particulier entre comique et tragique. Certaines scènes m’ont fait sourire – notamment les lettres de chiens ou certains raisonnements complètement absurdes – mais la fin est beaucoup plus dure.

On passe vraiment du sourire à un certain malaise, voire à de la compassion. Et c’est ce contraste qui rend le texte marquant.

Une écriture qui reflète la perte de repères

Le journal, qui devrait être un espace structuré, devient peu à peu le reflet du chaos intérieur du personnage. Plus on avance, plus tout se désorganise.

Ça m’a beaucoup rappelé The Yellow Wallpaper de Charlotte Perkins Gilman, où la forme du journal accompagne aussi la descente dans la folie.

Mon ressenti global

Encore une fois, ce que j’apprécie avec les auteur(e)s de cette époque, c’est leur manière d’aborder des sujets sérieux à travers l’absurde ou le grotesque. Ce n’est jamais frontal, mais ça reste très parlant.

Ce n’est pas un coup de cœur, mais j’ai trouvé cette lecture intéressante et bien construite. C’est court, ça se lit vite, et ça laisse pas mal de choses à réfléchir après.

Je la recommande si vous aimez les récits autour de la folie, de l’absurde ou de la critique sociale – surtout si vous avez déjà lu Le Nez.

Et si vous l’avez lue, je serais curieuse de connaître votre avis.

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