*Lu en français et anglais

« »Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’envoyez-vous cette calamité ? […] Sans nez, un homme n’est plus un homme. […]. Si encore je l’avais perdu en duel, ou à la guerre, ou par ma faute !… Hélas non ! il a disparu comme cela, sans rime ni raison… Non, reprit-il après quelques instants de silence, c’est inconcevable. » » (Quatrième de couverture)
J’ai terminé il y’a quelques jours Le Nez de Nikolai Gogol, une nouvelle que j’ai découverte un peu par hasard en cherchant des récits courts. Elle m’a tout de suite fait penser à La Métamorphose de Franz Kafka, que j’avais beaucoup aimé il y a quelques mois, notamment pour son absurdité. J’avais envie de retrouver ce type d’ambiance un peu étrange, alors je me suis laissée tenter.
Résumé
Écrite en 1836, la nouvelle raconte deux histoires qui finissent par se rejoindre. D’un côté, un barbier de Saint-Pétersbourg découvre un matin… un nez dans son pain. Pris de panique, il tente de s’en débarrasser.
De l’autre, le major Kovalev se réveille pour constater que son propre nez a disparu. Très vite, il tombe sur ce même nez – devenu entre-temps un haut fonctionnaire, mieux gradé que lui, qui refuse catégoriquement de le reconnaître. S’ensuit une série de démarches absurdes pour tenter de récupérer cet organe devenu essentiel à son statut social. Et puis, aussi soudainement qu’il avait disparu, le nez réapparaît… sans aucune explication.
Une absurdité assumée
Ce que j’ai tout de suite apprécié, c’est ce côté complètement absurde. Comme dans La Métamorphose, on part d’un événement impossible, mais traité avec un sérieux presque déroutant. Personne ne s’interroge vraiment sur le “comment”, et c’est justement ce décalage qui rend certaines scènes très drôles.
La rencontre entre Kovalev et son propre nez, par exemple, est tellement improbable qu’elle en devient hilarante.
Une satire sociale très marquée
Au-delà de l’absurde, on sent une vraie critique de la société russe de l’époque. Le nez n’est respecté que pour son rang, son uniforme – pas pour ce qu’il est. Et Kovalev semble bien plus affecté par la perte de son statut que par celle de son nez en lui-même.
Il y a quelque chose d’assez fort dans cette idée : sans son nez, il n’existe plus socialement. Comme si son identité dépendait uniquement du regard des autres.
Une lecture étrange… mais intéressante
Ce mélange entre le grotesque, le trivial et le sérieux donne au récit une atmosphère très particulière. Le narrateur raconte tout ça avec un ton presque réaliste, même quand la situation devient totalement illogique.
La fin, surtout, m’a laissée un peu perplexe. Le nez revient, sans raison, comme si de rien n’était. Contrairement à La Métamorphose, où la transformation garde une certaine portée symbolique évidente (pour moi en tout cas), ici j’ai trouvé le choix du nez plus déroutant. Je me suis vraiment demandé pourquoi Gogol avait choisi cet élément précis.
Mon avis global
C’est une nouvelle courte, exactement ce que je recherche en ce moment pour varier avec des lectures plus longues. Je suis contente de l’avoir découverte.
Je ne peux pas dire que ça a été un coup de cœur, mais j’ai trouvé ça vraiment intéressant. Certaines scènes m’ont fait rire, d’autres m’ont laissée un peu perplexe – et au final, c’est ce mélange qui rend la lecture marquante.
Ce qui me fascine toujours avec les auteurs du XIXᵉ siècle, c’est leur audace. Ils n’hésitent pas à utiliser l’absurde ou le fantastique pour critiquer la société. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression que la littérature est plus “sage”, un peu trop ancrée dans le réel.
C’est aussi pour ça que j’aime revenir à ces textes plus anciens : ils proposent des imaginaires différents, parfois déroutants, mais toujours intéressants à explorer.
Le Nez n’a pas eu l’impact que La Métamorphose avait eu sur moi, mais ça reste une lecture originale, étrange et assez drôle.
Si vous aimez les récits absurdes, je vous conseille d’y jeter un œil.
Et si vous l’avez lu, je serais curieuse de savoir ce que vous en avez pensé. Et surtout… que feriez-vous si vous vous réveilliez un matin sans nez ? 😄
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