J’ai regardé L’Étranger de François Ozon lors de mon dernier voyage avec Air France. J’avais déjà entendu parler de sa sortie et j’étais intriguée, à la fois parce que j’avais apprécié le roman de Albert Camus, mais aussi à cause de son affiche, que je trouve très belle, simple et artistique.
Une introduction différente du roman
Les deux versions commencent de manière très différente.
Le roman s’ouvre sur la célèbre phrase : « Aujourd’hui, maman est morte. »
Le film, quant à lui, choisit une approche plus contextualisée : il présente brièvement l’Algérie, sa situation et sa relation avec la France, avant de montrer Meursault en prison. Lorsqu’un détenu lui demande pourquoi il est là, il répond : « J’ai tué un Arabe. »
On bascule ensuite dans une rétrospective qui retrace les événements ayant mené à ce moment, à commencer par l’annonce de la mort de sa mère.





Même si différente du roman, j’ai trouvé cette introduction très intéressante et plutôt réussie.
Une interprétation plus froide de Meursault
Lors de la lecture, j’imaginais Meursault comme quelqu’un de profondément nonchalant, détaché, mais pas totalement vide émotionnellement. Dans le film, j’ai plutôt ressenti une froideur extrême, presque un mur émotionnel. Peut-être est-ce un choix du réalisateur, mais cela m’a un peu dérangée.
Certaines scènes accentuent cette impression, notamment son absence de réaction face à l’effondrement de M. Pérez, le compagnon de sa mère. De même, lorsqu’il voit que ce dernier a du mal à suivre le cortège funèbre, il se contente de se retourner brièvement avant de continuer son chemin, sans chercher à l’aider. Même en tenant compte de son indifférence, cette scène m’a semblé étrange. Je pense que cette scène m’a particulièrement troublée parce que, dans le roman, il me semble qu’on ne dit jamais explicitement que Monsieur Pérez s’effondre. On apprend seulement qu’il peine à suivre le cortège et qu’il emprunte des raccourcis, connaissant bien les lieux, pour tenter de les rattraper. Le film, lui, choisit de montrer sa chute de manière beaucoup plus directe et marquante.





Choix de casting et mise en scène
Je ne m’étais pas vraiment construit une image précise de Meursault en lisant le roman. En revanche, j’imaginais Raymond de manière totalement différente : plus âgé, plus imposant. Le choix de l’acteur ne correspondait donc pas du tout à la vision que j’en avais.
Cela dit, Benjamin Voisin dans le rôle de Meursault et Pierre Lottin dans celui de Raymond livrent tous les deux une très bonne performance. C’est simplement que je les imaginais autrement en lisant le livre.




Autre point qui m’a dérangée : la présence assez marquée de scènes à caractère sexuel. Cela m’a mise mal à l’aise, d’autant plus que je regardais le film dans l’avion, entourée d’enfants. J’ai dû rester attentive pour les passer. Je trouve que ce type de scènes est parfois trop présent dans certains films français, alors qu’elles ne sont pas nécessaires.



Sinon, j’ai beaucoup aimé le choix de tourner le film en noir et blanc. Peut-être parce que, dans mon esprit, le roman de Albert Camus est déjà associé à cette esthétique, mais cela m’a vraiment donné l’impression d’être plongée dans cette époque et de vivre l’histoire de manière plus immersive. Je ne saurais pas vraiment l’expliquer, mais ce choix cinématographique m’a beaucoup plu et je trouve qu’il correspond parfaitement à l’ambiance du récit.
Des libertés prises avec le roman
Le film prend également certaines libertés.
Par exemple, dans la scène du revolver, j’ai eu l’impression que Meursault exprimait une intention plus précoce de tuer, ce qui donne un aspect prémédité à son geste. Or, dans le roman, je n’avais pas ressenti cela : l’acte semblait davantage spontané.
La scène du meurtre, en revanche, reste assez fidèle : la chaleur, le soleil aveuglant, et le reflet de la lumière sur le couteau sont bien retranscrits.
Un procès réussi et une dimension nouvelle
Les scènes du procès correspondent parfaitement à ce que j’imaginais : quelque chose de très théâtral, presque absurde. C’est d’ailleurs à partir de ce moment-là que le film devient le plus intéressant à mes yeux.
J’ai particulièrement apprécié un ajout du film : le fait de donner une identité à la victime et de lui attribuer une sœur, Djemila. Sa conversation avec Marie (Rebecca Marder) met en lumière l’indifférence générale face au meurtre de son frère, réduit à « un Arabe ». Cela apporte une dimension plus humaine et critique que dans le roman.
Une fin revisitée
La scène de l’exécution, où Meursault voit sa mère, est une invention du réalisateur.
Les scènes en prison, notamment celles liées à Marie, sont également intéressantes, car elles laissent planer un doute entre rêve et réalité.
Le film va plus loin dans l’humanisation de la victime en lui donnant un nom : Moussa Hamdani. La dernière scène, montrant sa sœur devant sa tombe, renforce cette volonté de lui rendre une identité, contrairement au roman où il reste anonyme.





Conclusion
J’ai finalement préféré le roman de L’Étranger à cette adaptation. Le film propose une lecture intéressante et apporte certains éléments pertinents, notamment sur l’humanisation de la victime, mais il s’éloigne parfois de la subtilité du texte original.
Cela reste une bonne adaptation dans l’ensemble, mais pas un film que je reverrai.
Pour celles et ceux qui ont aimé le roman, je vous invite à le visionner.
Vous pouvez ma chronique de L’Étranger d’Albert Camus ici.
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