Les Bimanes – Sévérin Cécile Abéga

Couverture de Les Bimanes de Séverin Cécile Abéga

📚 En bref

  • Auteur : Séverin Cécile Abéga
  • Titre : Les Bimanes
  • Genre : Recueil de nouvelles · Littérature africaine · Littérature camerounaise
  • Publication : 1982
  • Éditeur : EDICEF
  • Pages : 176
  • Langue de lecture : Français 🇫🇷
  • Univers : Cameroun · Vie quotidienne · Société · Travail
  • Axes principaux : Inégalités sociales · Travail manuel · Statut social · Dignité · Critique de la société
  • Thèmes : Corruption · Favoritisme · Mépris social · Pauvreté · Pouvoir · Humour · Ironie

Pour ma dernière lecture du mois de septembre, j’avais décidé de faire une place à la littérature africaine afin de continuer à avancer dans mon challenge afro-littérature. Pour cela, je suis retournée dans le passé en redécouvrant un recueil que j’avais étudié au lycée, il y a très longtemps : Les Bimanes de l’auteur camerounais Séverin Cécile Abéga.

Les Bimanes est un recueil de sept nouvelles – Le Fardeau, Dans la forêt, Une petite vendeuse de beignets, Le Savon, Un étranger de passage, Mots d’enfants et Au ministère du Soya – publié en 1982.

À travers ces histoires, l’auteur analyse les mécanismes sociaux et critique la valeur accordée aux individus selon leur statut. Dans cette société, le respect ne dépend pas nécessairement de la dignité ou de la moralité d’une personne, mais souvent de son argent, de sa fonction ou de sa position sociale.

Les « bimanes » sont méprisés alors même qu’ils font fonctionner la société grâce à leur travail.

Avant de continuer, il est nécessaire de définir ce que l’auteur entend par « bimane ». Pour Abéga, un « bimane » n’est pas simplement un être doté de deux mains. Il désigne ceux qui vivent de leur travail manuel : les petites gens, les ouvriers, les vendeurs de rue, les paysans et tous ceux que la société regarde de haut au profit des « hommes en veste-cravate » qui occupent des fonctions prestigieuses.

Les principaux thèmes

  • le mépris du travail manuel ;
  • les inégalités sociales ;
  • la corruption ;
  • le favoritisme ;
  • l’opposition entre les élites et le peuple ;
  • la dignité des gens ordinaires.

Mon commentaire

Lorsque j’ai lu Les Bimanes pour la première fois, j’étais encore au lycée. C’était une lecture imposée dans le cadre de mon cours de français. Bien que nous devions lire le recueil à la maison, nous avions également étudié certaines nouvelles en classe.

À l’époque, je n’avais ni les outils ni le recul nécessaires pour mesurer toute la portée de ces histoires.

Ce que mes camarades et moi retenions surtout, c’était l’humour, l’ironie et les situations parfois absurdes que Séverin Cécile Abéga mettait en scène. Nous riions beaucoup. Je me souviens même de certains termes qui nous avaient particulièrement marqués et amusés, comme « gnome adipeux » ou « ngomna ». Pendant longtemps, lorsque je pensais à Les Bimanes, c’était surtout ce souvenir d’un livre drôle qui me revenait à l’esprit.

Aujourd’hui, en le relisant dans le cadre de mon challenge de lecture africaine, j’ai découvert une œuvre différente. Ou plutôt, j’ai redécouvert la même œuvre avec un regard nouveau.

Quand on est adolescent, on retient surtout les anecdotes, les personnages hauts en couleur, les situations comiques ou les critiques des fonctionnaires, les « ngomnas », qui prêtent à sourire. En tant qu’adulte, avec davantage d’expérience et un regard plus critique, j’ai perçu beaucoup de choses qui m’avaient échappé à l’époque.

Derrière l’humour, l’auteur dresse un portrait particulièrement lucide de la société camerounaise.

À travers des personnages ordinaires, comme les vendeuses de beignets, les paysans ou les vendeurs de soya, il dénonce les inégalités sociales, le mépris des plus modestes, la corruption, le favoritisme et l’obsession du statut social.

Les travailleurs manuels, les petits commerçants et les personnes modestes sont souvent considérés comme inférieurs parce qu’ils ne possèdent ni richesse, ni prestige, ni pouvoir. Abéga renverse cette hiérarchie en mettant en avant leur dignité, leur intelligence et leur humanité, tandis qu’il tourne volontiers en dérision les puissants et les nantis.

Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est à quel point certaines de ces critiques restent actuelles. En refermant le livre, j’ai eu le sentiment que plusieurs des situations décrites par l’auteur trouvent encore un écho dans la société actuelle.

Dans les hôpitaux, les administrations ou certains services publics, il arrive encore que l’argent, les relations ou le statut social influencent la manière dont une personne est traitée. Il suffit parfois de parcourir l’actualité ou les réseaux sociaux pour tomber sur des histoires qui rappellent certaines situations décrites dans le recueil.

Cette relecture a également réveillé beaucoup de souvenirs. J’ai eu l’impression de faire un bond dans le passé et de retrouver la lycéenne que j’étais lorsque nous étudiions ce livre en classe.

C’est sans doute pour cela que Les Bimanes occupe une place particulière dans mon cœur. Associée à de nombreux souvenirs joyeux, cette œuvre m’a aussi révélé, des années plus tard, une richesse que je n’avais pas su apprécier à sa juste valeur.

Les deux nouvelles dont je me souvenais le mieux étaient Le Fardeau et Au ministère du Soya, car nous les avions étudiées plus en détail en classe. Les autres étaient restées plus floues dans mon esprit. Les relire aujourd’hui a donc été un véritable plaisir.

J’ai retrouvé le livre drôle et divertissant dont je gardais le souvenir, mais j’ai également été frappée par la pertinence de sa critique sociale.

L’humour n’est pas là uniquement pour faire rire : il sert à dénoncer des problèmes très réels et profondément ancrés dans la société.

C’est pourquoi je recommande vivement ce recueil. Bien qu’il soit profondément enraciné dans la réalité camerounaise, les thèmes qu’il aborde dépassent largement les frontières du Cameroun.

La corruption, le favoritisme, le culte du paraître et le mépris des plus modestes sont des réalités que l’on retrouve dans de nombreuses sociétés africaines, mais aussi ailleurs.

Derrière ses histoires souvent drôles, Les Bimanes nous tend un miroir. Et ce que l’on y voit est parfois aussi dérangeant qu’éclairant.

C’est une œuvre que je suis heureuse d’avoir retrouvée plusieurs années après ma première lecture.

Si cette chronique vous a plu, je vous invite à découvrir également mes autres chroniques consacrées à l’afrolittérature ici.


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