*Lu en français

Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français…
Après un mois consacré à des lectures romantiques, j’ai décidé, en ce mois de septembre, de me tourner vers des classiques. Mon premier choix s’est porté sur L’Étranger d’Albert Camus.
Court résumé de l’intrigue
Le récit suit Meursault, un homme profondément indifférent à la vie et aux conventions sociales. À la mort de sa mère, il manifeste peu d’émotion, ce qui choque son entourage. Sa vie bascule lorsqu’il tue un homme sur une plage, un geste qui le mène devant la justice. Durant le procès, la société ne juge pas vraiment le meurtre ; elle juge surtout l’attitude désinvolte et détachée de Meursault face à la mort et aux conventions sociales.
Mon commentaire:
En ouvrant L’Étranger, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre… et en le refermant, je restais encore partagée. Lorsque j’ai commencé ce roman il y a quelques jours, je n’avais qu’une vague idée de l’intrigue. Le titre me laissait penser qu’il s’agissait de l’histoire d’un homme en terre étrangère, en difficulté d’intégration. J’avais choisi de ne pas lire le synopsis et je savais seulement qu’un procès y tenait une place importante. Quelle surprise alors de découvrir que le récit abordait un tout autre sujet.
Le style
J’ai eu du mal à entrer dans l’histoire au début, à cause d’un style froid, factuel et presque mécanique. Mais c’est justement ce style qui reflète l’indifférence de Meursault et qui, finalement, m’a donné envie de poursuivre ma lecture.
Analyse du personnage de Meursault
Meursault est un homme en marge, incapable – ou refusant – de se conformer aux standards de la société. Cette différence devient sa véritable condamnation : plus que son crime, c’est son indifférence qui le pousse à la perte. Tout au long du récit, il se montre détaché de tout : du décès de sa mère, de son travail, des violences de son voisin, de son procès, et même de sa propre existence.
On a l’impression de suivre un automate qui avance dans la vie sans véritable raison d’être. Même son avocat est troublé par cette absence totale d’émotion. Le seul moment où il montrera de l’émotion, c’est à la toute fin.
Un procès absurde
Ce qui m’a frappée, ce n’est pas seulement le comportement détaché de Meursault (parfois troublant), mais surtout la réaction de la société face à sa différence, à son non-conformisme.
Lors de son procès, le meurtre passe rapidement au second plan. On ne s’attarde pas sur son acte, mais sur son comportement : pourquoi n’a-t-il pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? Pourquoi paraît-il insensible, presque détaché ? Plus que son crime, c’est son incapacité à se conformer qui le condamne.
Le procès prend ainsi des allures de parodie, frôlant l’absurde. Meursault semble jugé avant même l’examen des faits, comme si son sort était déjà scellé. Malgré son attitude troublante et questionnable, je trouve que la sentence était très sévère sachant que le meurtre n’était pas prémédité et était un accident (du moins le coup mortel). Le verdict, bien que prévisible, surprend par sa dureté et souligne l’idée centrale : dans cette société, ne pas entrer dans les normes établies équivaut à être coupable.
Une critique sociale
Cette lecture m’a immédiatement fait penser aux personnes emprisonnées à tort ou victimes de condamnations injustes. Certes, Meursault méritait une peine d’emprisonnement puisqu’il a bel et bien tué un homme – même si c’était de manière accidentelle –, mais son procès ne s’est pas attaché à établir les faits. On ne s’est même pas demandé s’il s’agissait de légitime défense ; il a été jugé bien avant que la vérité ne soit examinée.
Ce parallèle m’a rappelé la situation de nombreux condamnés à mort aux États-Unis : certains sont innocents, d’autres ne méritent pas une sanction aussi extrême. Imaginer ce qu’ils ressentent face à ces injustices est insupportable.
Ainsi, L’Étranger m’a poussée à réfléchir bien au-delà de la fiction, sur des questions essentielles : la société, la justice et la valeur que l’on accorde à la vie humaine. Camus dénonce ici une société hypocrite et conformiste, qui marginalise ceux qui ne rentrent pas dans les cases établies. Meursault n’est pas seulement condamné pour son crime, mais surtout pour sa différence.
Conclusion
En refermant ce livre, je peux dire avec certitude qu’il laisse une empreinte. Ce n’est pas une lecture « divertissante » au sens léger du terme, celle qu’on lit pour s’évader sous un plaid avec une tasse de thé – mais c’est une lecture essentielle. Un roman qui invite à la réflexion, qui questionne la société, la condition humaine, la morale et l’absurde, et qui reste en tête longtemps après avoir tourné la dernière page.
C’est une œuvre incontournable, à la fois éducative et profondément troublante. Je comprends pleinement pourquoi elle est considérée comme un chef-d’œuvre du XXe siècle. Ce roman n’a pas été un coup de cœur pour moi, mais c’est indéniablement une lecture qui en vaut la peine. Un de ces livres qu’on est presque reconnaissant d’avoir lus. Je recommande.
Et, vous, avez-vous déjà lu ce roman? Qu’en avez-vous pensez?
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