*Lu en français

» La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru avec tant d’éclat que dans les années du règne de Henri second « , et c’est bien sur le théâtre de la brillante cour des Valois que se noue et se joue la passion de la princesse de Clèves et du duc de Nemours. Passion tacite, et qui ne s’exprime longtemps que par des signes : un portrait dérobé, la couleur d’un vêtement au tournoi, la soudaine émotion d’un visage. Passion tragique, aussi, dont la mort est la conséquence imprévue. Si La Princesse de Clèves, lors de sa parution en 1678, est le livre le plus immédiatement commenté de son époque, c’est que, sans rompre totalement avec le roman antérieur, il y introduit le souci de vraisemblance et de brièveté qui caractérise alors la nouvelle, et concilie de manière neuve narration et psychologie. Le premier des romans d’analyse ? Certainement. Mais simplement, aussi, un grand roman sans romanesque. Edition de Philippe Sellier.
J’ai entendu parler de La Princesse de Clèves pour la première fois pendant mes études de littérature française. C’était une œuvre au programme… et, à l’époque, j’avais eu beaucoup de mal à dépasser les chapitres obligatoires. Heureusement (ou malheureusement ?), l’étude intégrale n’était pas imposée, ce qui m’avait évité de trop me forcer.
Pourtant, j’ai gardé ce livre dans ma bibliothèque. Je me disais qu’un jour, je le lirais en entier. Après tout, il s’agit d’un des premiers grands romans psychologiques de la littérature française, une œuvre majeure signée Madame de La Fayette.
Ce jour est enfin arrivé. Je l’ai terminé – et j’ai aussi compris pourquoi cette lecture m’avait semblé si difficile autrefois.
Résumé
L’histoire se déroule à la cour d’Henri II, un monde où tout repose sur l’apparence, la réputation et les jeux d’influence.
Mademoiselle de Chartres, jeune femme d’une grande beauté et élevée dans une morale stricte par sa mère, fait son entrée dans cet univers brillant mais dangereux. Elle épouse le prince de Clèves, un homme bon et sincèrement amoureux d’elle. Pourtant, elle ne l’aime pas.
Peu après son mariage, elle rencontre le duc de Nemours. Entre eux, c’est un coup de foudre silencieux. Aucun geste déplacé, aucun aveu direct – seulement des regards, une tension, un amour naissant mais retenu.
Déchirée entre passion et devoir, la Princesse fait un choix radical : elle avoue à son mari qu’elle aime un autre homme, sans révéler son nom. Cette confession, d’une sincérité rare, plonge le prince de Clèves dans une jalousie douloureuse qui finira par le consumer.
Après sa mort, libre d’aimer Nemours, elle refuse pourtant de céder à la passion et choisit une vie de retrait et de fidélité à ses principes.
Les personnages
- La Princesse de Clèves : une héroïne tiraillée entre désir et morale.
- Le duc de Nemours : l’incarnation de la passion et du trouble.
- Le prince de Clèves : la loyauté, la sincérité… et la souffrance.
- Madame de Chartres : la voix de la vertu et de l’éducation morale.
Mon avis
Je ne vais pas mentir : la première partie a été laborieuse. Trop de noms, trop d’intrigues politiques et de rivalités aristocratiques… Je me demandais où l’histoire voulait me mener.
Les choses deviennent plus intéressantes à partir de la rencontre avec Nemours. Là, j’ai commencé à m’attacher au dilemme intérieur de la Princesse. Allait-elle céder ? Tromper son mari ?
Ce que j’ai particulièrement admiré, c’est sa retenue. Aujourd’hui, il est rare de lire des histoires où les personnages choisissent consciemment de ne pas céder à leurs désirs. C’était frustrant, parfois, mais aussi étonnamment rafraîchissant. Elle aime passionnément Nemours, mais refuse d’agir contre ses principes et de trahir son mari.
Le paradoxe tragique, c’est que son honnêteté – son aveu – provoque la jalousie et la souffrance de son mari. Lui l’aime éperdument, elle en aime un autre. Et cette tension psychologique constitue le cœur du roman.
Le style est classique, élégant, épuré. Objectivement beau. Mais parfois un peu monotone pour moi. Ce n’est pas un roman long, pourtant il m’a semblé long. Je le lisais par petites touches, quelques pages par jour, comme on savoure – ou apprivoise – un texte exigeant.
Les thèmes
J’ai particulièrement apprécié la finesse avec laquelle sont abordés :
- le devoir moral face au désir
- la place des femmes dans la société
- l’éducation et les valeurs
- la réputation et l’honneur
- la liberté limitée dans un monde codifié
On comprend pourquoi ce roman est considéré comme l’un des premiers grands romans d’analyse psychologique : tout se joue dans les silences, les regards, les conflits intérieurs.
Verdict
Je ne pense pas le relire, mais je suis sincèrement heureuse de l’avoir enfin terminé – surtout après l’avoir laissé de côté pendant toutes ces années.
C’est une lecture exigeante, parfois lente, mais intellectuellement riche. Une œuvre fascinante par sa profondeur morale et psychologique.
Je le recommande aux amateurs de classiques, aux lecteurs qui aiment les romans introspectifs, à ceux qui s’intéressent à la condition féminine… et bien sûr aux étudiants en littérature, comme je l’étais à l’époque.
Un classique de plus dans ma bibliothèque, et une petite satisfaction personnelle d’avoir enfin refermé ce livre que je regardais depuis des années.
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