
Dans Hérodias, l’un des Trois Contes (recueil publié en 1877), Flaubert mêle avec habileté, de manière indistincte, données historiques présumées exactes et affabulations. Conter, n’est-ce pas ajouter du mensonge pour parvenir à une crédibilité paradoxalement plus grande ? Flaubert recrée donc la splendeur de l’Orient et les moeurs scandaleuses de la Palestine au temps de Jésus, et recompose les portraits d’Hérodiade et d’Hérode, de Salomé et de Jean le Baptiste, tous soumis à de violentes passions. (Quatrième de couverture)
Pour clôturer mon mois de novembre, j’ai décidé de lire Hérodias, l’une des trois nouvelles du recueil Trois contes (1877). Après Un cœur simple et La Légende de Saint Julien l’Hospitalier, il ne me restait plus que ce troisième texte pour compléter l’ensemble.
Contexte et résumé
Inspirée d’un épisode biblique, Hérodias raconte les circonstances qui ont mené à la décapitation de Jean-Baptiste. L’histoire se déroule en Judée, sous domination romaine, dans la forteresse de Machaerous où règne Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, aux côtés de son épouse Hérodias.
Hérodias nourrit une haine farouche envers Jean-Baptiste (Iaokanann dans le texte), car celui-ci condamne son union illégitime avec Antipas. Emprisonné dans les profondeurs du palais, Iaokanann continue d’inquiéter Antipas par ses prophéties, alors que le pouvoir du tétrarque vacille face aux tensions politiques et militaires de la région.
Lors d’un banquet célébrant l’anniversaire d’Antipas, Salomé – la fille d’Hérodias – danse avec une grâce hypnotique. Séduit, Antipas lui promet d’exaucer son souhait. Manipulée par sa mère, elle réclame la tête de Jean-Baptiste (Iaokanann). Antipas, lié par son serment et incapable d’assumer son autorité, ordonne finalement l’exécution. La nouvelle se clôt sur cet acte tragique, symbole des dérives du pouvoir et des passions humaines.
Les personnages
Hérodias
Ambitieuse, rancunière et machiavélique, elle incarne la soif de pouvoir poussée à son paroxysme. Elle manipule jusqu’à sa propre fille pour éliminer celui qui menace sa position. Flaubert en fait une figure à la fois tragique et monstrueuse, animée par la violence des passions.
Antipas
Faible, indécis, tiraillé entre ambitions politiques, désirs personnels et crainte des prophéties d’Iaokanann. Son incapacité à agir avec fermeté révèle la fragilité du pouvoir face aux intrigues. Sa lâcheté atteint son sommet lorsqu’il cède à la demande de Salomé malgré ses réticences.
Prose et symbolique
Bien que brève, Hérodias est d’une grande densité symbolique. Flaubert y explore la corruption morale, les stratégies de manipulation, les tensions entre pouvoir politique et vérité spirituelle, ainsi que la violence qui accompagne ces affrontements.
Bien que l’intrigue ne m’attire pas particulièrement, je reste admirative devant la maîtrise stylistique de Flaubert. Sa prose, précise, visuelle et presque picturale, construit une atmosphère antique d’une grande force évocatrice. Le style – objectif, dépourvu de jugement explicite – laisse les faits parler d’eux-mêmes, tandis que le rythme des phrases confère au texte une tonalité quasi biblique.
Un texte court, certes, mais d’une richesse telle qu’il se prêterait très bien à une analyse littéraire.
Pour qui ?
Cette nouvelle plaira particulièrement à ceux et celles qui apprécient :
- la littérature française classique,
- les réécritures d’épisodes bibliques,
- les récits sur l’ambition, la manipulation et le pouvoir,
- les textes à forte dimension symbolique et historique.
Et vous, avez-vous déjà lu Hérodias ? Quelle a été votre expérience de lecture ?
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